Pendant 12 ans, entre 1995 et 2007, Jacques Chirac a occupé les plus hautes fonctions de l’État en présidant la République française. Mais durant des années entières d’irrésistible ascension avant son entrée à l’Élysée, il a su s’imposer comme une figure politique de premier plan et entrer dans l’Histoire. Mort aujourd’hui à l’âge de 86 ans, les hommages à ce Président si singulier se multiplient partout dans le monde. Retour sur la vie et la carrière de Jacques Chirac.

Trahisons et coups d’éclats

Sciences Po, l’ENA, les grands corps de l’État… la carrière d’homme politique de Jacques Chirac aurait pu être des plus classiques, avec des débuts peu extravagants. Mais il en est rien. Député de Corrèze, Ministre, entre autres, de l’Agriculture sous la présidence de son mentor Georges Pompidou, il devient Premier Ministre à 41 ans, choisi par le nouveau Chef de l’État, Valéry Giscard d’Estaing, pour diriger le Gouvernement.

Chirac reste alors 2 ans à Matignon ; en 1975 est adopté par le Parlement la Loi Veil légalisant l’interruption Volontaire de Grossesse. Mais en coulisses, les relations au sein du couple exécutif sont pour le moins peu chaleureuses. L’année suivante, Jacques Chirac claque la porte de Matignon avec des ambitions nationales pour lui et le parti qu’il s’apprête à créer : le Rassemblement pour la République (RPR). Apparaissant beaucoup plus à droite que le Président à qui il vient de tourner le dos, il sillonne alors la France pour faire du RPR un pari politique influent. Ce coût d’éclat fut le premier de Jacques Chirac. Il était appelé « le bulldozer » par Pompidou, et ne cessera de défendre ce titre.

Ainsi, en 1977, à l’occasion des Élections Municipales, il décide de faire campagne à Paris. Une campagne très violente, mais un succès pour Chirac qui est élu Maire de Paris. Un poste qu’il occupera 18 ans. Et comme de l’Hôtel de Ville à l’Élysée il n’y a qu’un pas, il se présentera et échouera à l’Élection Présidentielle de 1988 contre le Président socialiste François Mitterrand.

Jacques Chirac, à Paris, le 7 Mai 1995, après sa victoire à l’Élection Présidentielle. (Crédits Photo: Le Parisien)

Cet échec, alors qu’il est Premier Ministre et qu’il dirige un Gouvernement de cohabitation depuis 2 ans ne l’empêchera pas de se présenter à nouveau, 7 ans plus tard, en 1995. Et malgré un début de campagne difficile, et la trahison de son allié Édouard Balladur, il est élu Président de la République et succède à François Mitterrand.

12 années à l’Élysée

Le premier geste fort du Président Chirac a sans doute été la reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans la Rafle du Vel’ d’Hiv, lors de laquelle 9000 policiers et gendarmes français ont arrêté plus de 13 000 juifs dans Paris, en 1942. Peu après, Jacques Chirac supprime le service militaire obligatoire.

Mais ces mesures, lourdes de symboles, ne doivent pas faire oublier les crises sociales qui ont ébranlé le premier mandat de Jacques Chirac. L’Hivers 1995 est par exemple une période particulièrement difficile pour l’exécutif ; le Président et son Premier Ministre, Alain Juppé, devant faire face à des grèves générales et à une vive contestation contre la réforme des retraites voulue par le Gouvernement. Du jamais vu depuis 1968. Face à cet événement, le Chef de l’État décide de dissoudre l’Assemblée Nationale, et convoque de nouvelles Élections Législatives. C’est la gauche qui l’emporte, et Jacques Chirac doit se résoudre à la cohabitation avec Lionel Jospin et le Parti Socialiste. Le Président est affaibli, et mis en cause dans une affaire d’emplois fictifs à la Mairie de Paris.

Malgré son impopularité grandissante, Jacques Chirac est réélu au second tour de l’Élection Présidentielle, face à Jean-Marie Le Pen, en 2002. Il est réélu pour 5 ans cette fois, et non 7 comme auparavant. En 2000, le Président avait en effet modifié par référendum la durée du mandat présidentiel. Ce premier quinquennat de l’Histoire de la Vème République sera marqué par la vie politique internationale, et s’ouvrira notamment avec le discours de Jacques Chirac à Johannesburg, en Afrique du Sud, sur la question écologique. « Notre maison brûle, et nous regarderons ailleurs », déclare alors le Chef de l’État, qui pour la première fois fait part des ses inquiétudes quant à l’avenir de la planète.

Le Président américain Georges Bush et le Président français Jacques Chirac, après un dîner officiel à l’Élysée, le 5 Juin 2004. (Crédits photo : AFP)

Enfin, toujours sur la scène internationale, en 2003, le Président Chirac refuse d’apporter son soutien à la Guerre en Irak voulue par les États-Unis. Si ce refus de combattre a entraîné de vives tensions dans les relations franco-américaines, il a permis à Jacques Chirac de rappeler son indépendance des États-Unis.

De nombreux hommages

Mais au-delà de ces événements, c’est sans doute la personnalité de Jacques Chirac qui a le plus marqué le Français lors de ses mandats. Et notamment les heures qu’il passait au Salon de l’Agriculture mais aussi partout dans le pays. Dans une allocution télévisée, Emmanuel Macron lui a rendu hommage : pour lui, Jacques Chirac était « un homme d’État que nous aimions autant qu’il nous aimait ». Et tandis que Valéry Giscard d’Estaing adresse ses « profondes condoléances » à sa famille, Vladimir Poutine rappelle : « Jacques Chirac a acquis le respect mérité de ses compatriotes et une haute autorité internationale en tant que dirigeant sage et visionnaire ayant toujours défendu les intérêts de son pays ».

Des funérailles nationales seront organisées la semaine prochaine. L’Élysée a également ouvert ses portes à tous ceux qui souhaitent témoigner leurs condoléances après la disparition de Jacques Chirac. Lundi sera déclaré journée de deuil national. Un deuil national pour rendre homme à un Président dont la personnalité et l’envergure n’ont jamais laissé indifférent.

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