C’est l’image d’un visage turgide, malade et affaibli qu’aura laissé Georges Pompidou durant les dernières années de sa présidence inachevée, brutalement interrompue par sa mort. Mais au-delà de cette fin tragique, la vie de « Pompon » est riche à bien des égards, menant le jeune cantalou jusqu’à l’École Normale Supérieure, la Banque Rothschild et Matignon, sous les ors de la République. Sa victoire à l’élection présidentielle et son arrivée à l’Élysée, il y a maintenant 50 ans, ont fait entrer la France dans une période nouvelle et plus prospère. Et si on a longtemps oublié Georges Pompidou, beaucoup font aujourd’hui appel à sa mémoire et se souviennent d’un Président à la tête d’une France compétitive, industrielle et puissante.

Une entrée tardive dans le monde politique

Georges Pompidou l’avait compris, « il ne suffit pas d’être un grand homme, il faut l’être au bon moment ». Le Général de Gaulle avait eu avant lui cette même philosophie ; et c’est d’ailleurs auprès du premier Président de la Vème République que Pompidou est entré dans le monde politique. Une entrée triomphale : il est en effet nommé Premier Ministre en 1962, sans jamais avoir exercé de mandat auparavant. Le nouvel hôte de l’Hôtel Matignon venait de passer 3 ans dans les allées du Conseil Constitutionnel, et avait eu alors l’occasion de faire ses armes comme négociateur diplomatique avec le FLN ; dans l’ombre, Georges Pompidou a ainsi préparé les Accords d’Évian qui mettront fin à la Guerre d’Algérie.

Mais bien avant cette carrière politique, Pompidou a exercé d’autres professions. En réalité, l’homme est normalien, major de l’agrégation de lettres, et professeur dans les classes préparatoires littéraires au sein du prestigieux lycée parisien Henri-IV. Sa connaissance de la poésie et des grands auteurs n’aura d’ailleurs cessé d’impressionner son entourage et les journalistes politique de son temps.

La première vraie rencontre avec ces derniers remonte à la nomination de Georges Pompidou comme Premier Ministre ; de 1962 à 1968, il occupera Matignon et aura à gérer des dossiers brûlants. Le dernier et sans doute le plus médiatique étant celui de la révolte étudiante de Mai 68. Sur cette question, il se montrera plus souple que le Président De Gaulle, et ne cessera de prôner le dialogue. Pourtant, Pompidou est un responsable politique très libéral, et critiqué au sein même du parti gaulliste. Un an après qu’il soit devenu Chef de l’État, les plus modérés seront notamment surpris par la loi « anticasseurs » qu’il promulgue ; très restrictive, on estime qu’aujourd’hui elle serait déclarée anticonstitutionnelle.

Une France moderne

Le 20 juin 1969, à son entrée en fonction, le Président Georges Pompidou succède à une figure monumentale de la politique française ; il enfile le costume présidentiel taillé par et pour Charles de Gaulle lors de l’élaboration de la Constitution de la Vème République, 11 ans auparavant. Toutefois, il surmontera cette difficulté, pour rompre avec la politique économique et sociale du Général. On verra en effet naître dans ces domaines un pompidolisme affirmé, avec des objectifs clairs et pour le moins ambitieux. C’est ainsi qu’en matière d’industrie, le Président Pompidou s’illustre tout au long de ses 5 ans à l’Élysée, avec le développement de la filière nucléaire, du TGV, d’Airbus et des grands fleurons industriels français.

Cette France moderne de Pompidou passe aussi par l’art contemporain ; le Président et la Première Dame en sont de grands amateurs. Ils font appel à l’artiste israélien Yaacov Agam pour réaliser cette antichambre à l’entrée des appartements privés de l’Élysée. Aujourd’hui, ce « Salon Agam » est exposé au Musée national d’Art moderne : le Centre Georges-Pompidou.

Il faut dire que Georges Pompidou est aussi le Président d’une France prospère, le dernier Chef d’État d’avant-crise. En moyenne, et durant toute sa présidence, la croissance dans l’Hexagone est de 6 % : c’est alors la plus élevée d’Europe. Dans le même temps, le niveau de vie progresse considérablement, de 25 % cette fois, en 5 ans. Si ces chiffres sont impressionnants et que beaucoup de responsables politiques aimeraient pouvoir aujourd’hui s’en vanter, les Français, même avec de si bons résultats, sont à l’époque mécontents de la lenteur des réformes.

Ainsi, la création du SMIC, du Serpent Monétaire Européen et de nombreux outils économiques complexes ne présente pas de difficultés majeures à Georges Pompidou. En effet, le Chef de l’État a dirigé la banque Rothschild durant 4 ans, sous la précédente République, se familiarisant ainsi avec le monde de la finance surtout celui et des affaires. Cette période est aussi l’occasion pour Pompidou d’étendre son réseau dans de nombreux milieux, culturels comme politiques.

Mais la plus grand marque de modernité de la présidence Pompidou vient d’un discours fondateur en matière d’environnement. Prononcé à Chicago en 1970, Georges Pompidou constatait et alertait : « L’emprise de l’homme sur la nature est devenue telle qu’elle comporte le risque de destruction de la nature elle-même ». Toutefois, la politique industrielle, la création du périphérique parisien et de l’Aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle durant son mandat n’ont pas été des mesures en faveur de l’écologie, bien au contraire. Le contexte était néanmoins très différent qu’aujourd’hui, et ces préoccupations bien moins importantes, de part leur faible traitement médiatique et donc dans l’opinion publique.

Une diplomatie riche

Le Président Georges Pompidou est aussi un diplomate averti, dont la stratégie, au début proche de celle du Général de Gaulle, ne cessera d’évoluer au cours de sa présidence. Il est notamment bien plus europhile que son prédécesseur ; en ce sens, Pompidou accepte l’entrée de la Grande-Bretagne dans la CEE, ancêtre de l’Union Européenne. Sous sa présidence, la communauté passe de 6 à 9 pays membres.

Georges Pompidou et le leader soviétique Léonid Brejnev, au Château de Rambouillet, pour une rencontre bilatérale. L’événement se déroule en juin 1973, et les deux hommes entament alors des pourparlers de près de 7 heures afin d’améliorer les relation entre la France et l’URSS. Pompidou et Brejnev se rencontreront de nombreuses fois, en pleine Détente dans les relations avec le régime de Moscou, et alors que le Kremlin cherche à redorer son image.

Le Président Pompidou multiplie les rencontres, notamment avec le Président américain, Richard Nixon. Mais plus que l’enjeu diplomatique de ces visites, c’est l’état de santé du Président français qui préoccupe les journalistes qui couvrent de tels événements. Le visage bouffi, affaibli, chacun se demande de quoi souffre Georges Pompidou ; mais le secret est bien gardé par les services de l’Élysée. En 1973, alors qu’il est en Islande avec son homologue américain, l’entourage du Président de la République évoque une « grippe » pour rassurer sur son état de santé. Mais on comprend vite que le problème est plus grave, et les services de renseignements américains installe même un système savant dans les toilettes de la suite de Georges Pompidou, dans son hôtel de Reykjavik.

En réalité, le Président est atteint de la Maladie de Waldenström, un cancer du sang proliférant au niveau de la moelle osseuse. Pompidou mourra 5 ans après qu’on lui ai diagnostiqué cette pathologie, 5 ans après son accession à l’Élysée. Toutefois, cette souffrance n’enlèvent rien au prestige qu’aura su imposer Georges Pompidou ; elle n’entache pas non plus son destin exceptionnel.

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