Le 24 juin 2016, l’Union européenne toute entière a tremblé au son de la voix de Jenny Watson, Présidente de la Commission Électorale en charge du référendum sur le Brexit. Celle-ci annonçait que plus de 17 millions de Britanniques avaient voté, la veille, pour quitter l’Union, contre à peine plus de 16 millions ayant voté l’inverse.

Le Premier Ministre Britannique de l’époque, David Cameron, démissionne sur ce coup de théâtre pour céder sa place à la Ministre de l’Intérieur, Theresa May, qui prend alors les commandes d’un Royaume-Uni qui, trois ans plus tard, s’enfonce dans une crise politique et institutionnelle majeure, qui menace l’intégrité même du territoire de sa Majesté. Où fuit la barque du Royaume-Uni ? L’Union européenne coule-t-elle comme les “Brexiters” l’avaient prévu ? Dans la tempête britannique, il semble que le 10 Downing Street prend l’eau.

Au Royaume-Uni, la situation est bloquée à la Chambre

Le 13 novembre 2018, Londres et Bruxelles tombent enfin sur un accord pour les conditions du Brexit. Du moins, c’est ce que l’on croyait ce jour-là. En réalité, c’est le Gouvernement de Theresa May qui tombe sur un accord avec Bruxelles. À la Chambre des Communes, équivalent de l’Assemblée nationale au Royaume-Uni, l’accord est rejeté à deux reprises, le 15 janvier 2019 et le 12 mars 2019, de même qu’est rejetée la possibilité d’une sortie sans accord le lendemain.


John Bercow, Speaker de la Chambre des Communes (personne qui dit qui, quand et combien de temps les députés peuvent parler, mais aussi dans quel ordre sont votés lois et amendements; il est tenu à la neutralité) est accusé d’avoir influencé les votes des députés en faveur du rejet de l’accord dans sa répartition des votes dans l’emploi du temps (Crédit Photo: The Independant)

L’Europe reste inflexible

Contrairement à ce qu’envisageaient les Brexiters, l’Union européenne ne s’est pas effondrée dans le sillage du départ du Royaume-Uni. Bien au contraire.
En effet, même si celle-ci connaît elle aussi une crise politique importante, c’est face aux 27 États membres en ordre de bataille que le Gouvernement britannique dialogue, et leur position est inflexible: l’accord qui a été voté est le seul accord possible.

Face à ce mur, le Royaume-Uni et ses Brexiters, qui se croyaient en position de force, voit se profiler au loin le risque du “No Deal”, la situation où du jour au lendemain toutes les frontières entre l’Union et le Royaume-Uni se fermeraient.

Pour éviter cette situation, dans la nuit du 21 au 22 mars 2019, les États européens accordent un délai supplémentaire au Royaume-Uni sous leur forme d’un choix:
– Soit le 12 avril: c’est la date limite à laquelle un pays membre de l’UE peut organiser des élections européennes. Ce cas de figure s’appliquerait si le Royaume-Uni ne trouvait pas d’accord d’ici là.
– Soit le 22 mai: Ce cas de figure s’appliquant si le Royaume-Uni vote l’accord proposé par les Européens.


Nigel Farage, ex-leader du mouvement UKIP pro-Brexit (Crédit Photo: Daily Express)

Que contient l’accord ?

Nous avons parlé plus haut du fameux accord entre l’Union et le Royaume-Uni sur la sortie de celui-ci du marché commun, il est temps maintenant d’expliquer ce que celui-ci contient, en soulignant les 8 point auxquels l’Union Européenne a donné la priorité.

  1. Transition: Le premier des points de l’accord est la mise en place d’une période de transition (pouvant durer jusqu’en 2022) ayant pour objectif de laisser à l’Union comme au Royaume-Uni le temps de mettre en place les dispositifs nécessaires à leurs nouveaux statuts.
  2. Filet de Sécurité: La principale barrière au divorce entre l’UE et le Royaume-Uni est la frontière irlandaise. En effet, l’Irlande est divisée entre la République d’Irlande au Sud et l’Irlande du Nord qui est une des Nations constitutives du Royaume-Uni (avec l’Angleterre, l’Ecosse et le Pays de Galles). Si, les deux pays étant membres de l’UE, la situation était réglée par la libre circulation, le Brexit remet en cause cette paix relative. Celle-ci est le produit d’une longue guérilla civile, achevée en 1998, par les Accords de Belfast, qui stipulent clairement qu’il n’y aurait pas de frontière dure entre les deux Irlandes. La solution proposée par l’Union Européenne est une union douanière, ce qui impliquerait que le Royaume-Uni continu d’appliquer une partie des normes de l’UE, ce qui est considéré comme inacceptable au Royaume-Uni.
  3. Résidents: Les Européens installés au Royaume-Uni conservent leurs droits en matière de santé, de retraite, d’éducation et de prestations sociales comme si le Royaume-Uni était encore dans l’UE.
  4. Budget: En 2014, Londres s’était engagé à un budget allant jusqu’en 2020 pour financer des projets européens (Galileo, satellites, Schengen).
  5. Cours de Justice: Durant la période de transition, la Cour de Justice Européenne conservera son pouvoir sur le Royaume-Uni, excepté sur l’accord de retrait en lui-même.
  6. Gibraltar: Pour Gibraltar, l’histoire est la même qu’avec l’Irlande du Nord, il suffit juste de remplacer la République d’Irlande par l’Espagne, sauf que celle-ci s’est faite plus pressante. L’Espagne réclame ce territoire de 7km² et toute négociation autour de celui-ci devra donc se faire avec l’approbation de Madrid.
  7. Chypre: Les deux zones souveraines contrôlées par le Royaume-Uni sur Chypre, vestiges accidentés de l’Histoire, continueront de vivre comme dans l’Union Européenne, hors des décisions du Royaume-Uni.
  8. Origines: Plus de 3000 indications géographiques (telles que les Appellations d’Origines Protégées ou Contrôlées) seront conservées par le Royaume-Uni comme par l’Union Européenne.


Michel Barnier, négociateur pour l’UE du Brexit (Crédit Photo: Challenges)

Désormais, la balle est dans le camp britannique, et alors que l’ombre du “No-Deal” se fait de plus en plus menaçante, le 23 mars, plusieurs centaines de milliers de Britanniques ont manifesté dans les rues pour soutenir la mise en place d’un nouveau référendum.

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