France-Italie : amies bientôt ennemies ?

Par le 12 février 2019

Les tensions entre la France et l’Italie s’accroissent depuis le rappel temporaire de l’ambassadeur français à Rome.

Ce jeudi 7 février 2019, la France rappelait son ambassadeur à Rome « pour consultation » : « la France appelle l’Italie à agir pour retrouver la relation d’amitié et de respect réciproque, à la hauteur de notre Histoire et de notre destin commun » indiquait le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères via Twitter.
Le rappel temporaire de l’ambassadeur de France intervient dans la crise comme un rappel à l’ordre pour le voisin italien.
Néanmoins, le scénario n’en reste pas moins inédit : pour Christian Estrosi, maire LR (Les Républicains) de Nice et fils d’immigrés italiens, les relations franco-italiennes n’ont jamais été aussi tendues depuis 1945.

Matteo Salvini – © Andreas SOLARO, AFP

L’historique des tensions

Résultat de huit mois de malaise diplomatique, l’opposition semble naître dès l’accession au pouvoir de la coalition Mouvement 5 étoiles-Ligue, respectivement identifiés comme « antisystème » et d’extrême-droite. La ligne politique dressée par le nouveau gouvernement italien en place diffère avec les ambitions européennes françaises, notamment sur la question de l’immigration. L’Italie se range désormais derrière une politique dure menée par son ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini. Ainsi, en juin 2018, la crise de l’Aquarius affirmait pour la première fois l’opposition franco-italienne naissante. Alors que l’Italie refusait d’accueillir les 630 migrants à bord du navire, Emmanuel Macron accusait le « cynisme » et l’ « irresponsabilité » des autorités italiennes dans leur refus de porter secours au navire humanitaire. Des déclarations qui avaient manifestement déplu au gouvernement italien, qui convoqua l’ambassadeur français à Rome. Mais les tensions étaient déjà enracinées, et une semaine plus tard, le président français évoquait en Europe « la lèpre qui monte » en dénonçant le nationalisme, pointant directement l’Italie comme ceux qui « trahissent même l’asile ».

« Nous sommes peut-être des lépreux, mais moi, les leçons, je les prends de qui ouvre ses portes. Accueillez les milliers de migrants et après on en reparlera » — Matteo Salvini.

En octobre 2018, le gouvernement publiait un clip de promotion de l’Europe dans le cadre des prochaines élections européennes de mai 2019. L’Italie est alors pointée comme un danger à éviter, partisane d’une Europe de division face à la France, militante pour l’union.

Luigi Di Maio à la rencontre des Gilets jaunes – Capture d’écran Twitter @luigidimaio

Rapidement, la situation politique de la France – en proie au mouvement protestataire des Gilets jaunes – devint une arme directe pour l’Italie de Salvini. Le 7 janvier 2019, Luigi Di Maio – Vice-président du Conseil italien – publiait une lettre ouverte dans laquelle il saluait l’effort des citoyens manifestants. Tandis que Matteo Salvini accusait ouvertement un « président gouvernant contre son peuple ». L’attaque est inédite : il est question d’un appel à renverser le gouvernement français en place.
Le 20 janvier 2019, la France est visée sous un autre angle et accusée de « colonisation » en appauvrissant volontairement l’Afrique. Luigi Di Maio demande des « sanctions » à l’Union Européenne. Teresa Castaldo, ambassadrice d’Italie, est convoquée au ministère des Affaires étrangères.
Deux jours plus tard, Salvini réitère ses accusations à l’encontre d’Emmanuel Macron, qu’il décrit comme un « très mauvais président » dont les Français doivent se libérer. Néanmoins, Giuseppe Conte souligne l’ « amitié historique » entre les deux pays sous tensions, tentative vaine d’enterrer les dissenssions…

Les tensions culminent en février 2019, alors que le cinq du mois, Luigi Di Maio se rend sur le territoire parisien à la rencontre de quelques Gilets jaunes. Pour Paris, la « ligne rouge » est franchie. Le 7 février, l’ambassadeur à Rome est donc rappelé à domicile. Salvini et Di Maio se disent disponibles pour un dialogue.

Afin d’apaiser les tensions et retrouver un climat plus serein, M. Estrosi a annoncé l’organisation d’un « grand rassemblement transfrontalier » à Nice, dans le courant de la semaine prochaine, place Garibaldi. La ville niçoise, en tant que première ville italienne de France, souhaite œuvrer pour la désescalade des tensions diplomatiques.

La « crise la plus importante entre les deux pays depuis 1945 »

Pour le professeur à Sciences Po et à l’université Luis de Rome, Marc Lazar, ce serait la « crise la plus importante entre les deux pays depuis 1945 » et le résultat de « grands discours » français prônant à l’excès les droits de l’homme et le droit d’asile, sans que les actes n’aient suivi.

Toutefois, cette mésentente nouvelle serait également due à une mauvaise gestion des partenariats financiers entre les deux puissances. Ainsi, la vente des chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire à l’armateur italien Fincantieri semble être grandement remise en question par l’Etat français à la suite d’une enquête de Bruxelles « en raison de ses craintes en matière de concurrence dans le secteur de la construction navale ».

Cependant, les deux puissances européennes restent des partenaires privilégiés, comme en atteste le bilan de Bercy de mai 2017 : la France occupe la deuxième place des partenaires commerciaux de l’Italie. Respectivement, l’Etat italien se situe à la troisième position des meilleurs partenaires commerciaux français. En 2017, le bilan financier s’élevait à 200 millions d’euros d’échanges par an entre la France et l’Italie.

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