Annegret Kramp-Karrenbauer ou l’après-Merkel

Par le 24 décembre 2018

“Merkel de la Sarre”, “Merkel Bis” ou encore “Mini-Merkel”. Si Angela Merkel a annoncé son départ et de la chancellerie allemande et de la présidence de son parti, l’Union Chrétienne Démocrate (CDU), en 2021, sa succession est déjà toute tracée.
Annegret Kramp-Karrenbauer, surnommée “AKK”, a été élue Présidente de la CDU par 517 voix des délégués de son parti, au détriment de Friedrich Merz, rival d’Angela Merkel, qui n’a pu rassembler que 482 voix. Entre continuité et renouveau, entre gauche et droite de son parti et entre la Sarre et Berlin, qui est AKK, celle que certains appellent, déjà, la Chancelière en attente ?


Friedrich Merz et Angela Merkel en 2002 (Crédit photo: Reuters)

Carrière dans la Sarre

AKK, pour toutes les qualités que pouvaient lui trouver les délégués de la CDU, c’est avant tout un CV politique bien rempli. Kramp-Karrenbauer est une ancienne conseillère municipale de sa ville natale, Püttlingen, une ancienne député-suppléante au Bundestag (équivalent de l’Assemblée Nationale), députée régionale de la Sarre, Ministre de l’Intérieur, de l’Education, du Travail et de la Justice de la Sarre et ancienne Ministre-Présidente de la Sarre, poste qui l’a poussée à expérimenter tout type d’alliance pour se maintenir au pouvoir, qualité indéniable dans une république parlementaire comme l’Allemagne. À ce CV on peut rajouter un “plus”, ce que les médias ont appelés “l’effet AKK” par analogie à “l’effet Schulz ». Derrière ce nom se cache un score exceptionnellement élevé aux élections législatives régionales de la Sarre en 2017, alors qu’une victoire de la Gauche était attendue. Ce phénomène a été expliqué par la sympathie naturelle que véhicule Kramp-Karrenbauer, à la fois objective, calme et proche de la population.

L’effet AKK, entre convictions et controverse

“L’effet AKK”, ce n’est pas tant la traduction d’un amour populaire que celui d’un style d’expression, d’engagement, qui fait à la fois la gloire et la misère de la nouvelle présidente de la CDU. Engagée dans la Frauen Union (une organisation qui encourage les femmes à se lancer en politique, liée à la CDU), elle porte l’engagement féministe dans les lois qu’elle défend (sur les quotas de femmes dans les entreprises notamment), et assume pleinement son statut de mère de trois enfants, qu’elle place en étendard, car « La force intérieure est plus importante pour diriger que les décibels envoyés vers l’extérieur. ».
Son engagement religieux est parfois plus controversée. En effet cette catholique pratiquante tient à rappeler que le “C” de CDU signifie chrétien. Elle est ainsi fermement opposée à l’avortement et au mariage gay, ce qui l’avait amené à faire une comparaison indirecte entre l’inceste et celui-ci. Cependant, pour elle, pas question de faire machine arrière. Elle souhaite seulement se rapprocher des conservateurs du parti, froissés par ces transgressions de lignes, et donc les ramener de l’AfD, Alternative pour l’Allemagne, parti d’extrême droite vers lequel ils ont migré. Cependant sur l’immigration, elle tient la ligne Merkel d’ouverture des frontières initiée en 2015, au risque de s’aliéner une partie des conservateurs qu’elle tente de séduire.

André Poggenburg, chef de file de l’AfD en Saxe-Anhalt (Crédit photo: Le Monde)

Annegret Kramp-Karrenbauer récupère un parti en morceau, essoufflé de l’ère Merkel, qu’elle est allée rencontrer aux quatre coins de l’Allemagne. À la fois conservatrice et progressiste, elle est pour beaucoup, le dernier rempart du parti contre l’extrême droite, quand d’autres pensent qu’elle ne sera que la spectatrice d’un schisme inévitable, entre les ailes gauche et droite de la CDU.

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