Soudan, l’armée renverse le pouvoir

Par le 3 mai 2019

Après quatre mois de contestation populaire contre le pouvoir en place, le ministre de la Défense soudanais a annoncé, ce jeudi 11 avril 2019, la destitution de son chef, le Président Omar el-Béchir, à la tête du pays depuis 30 ans. Une journée historique pour ce pays ponctuée par des scènes de liesse mais aussi par de nombreuses incertitudes sur le plan politique.

Le 11 avril 2019, une journée historique pour le Soudan

Dès l’aube de ce 11 avril 2019, des militaires ont mené un raid à Khartoum, capitale du Soudan, dans des locaux appartenant à la branche idéologique du Parti du Congrès National (NCP) du Président Béchir. Au même moment, des unités militaires ont été déployées à différents points stratégiques de la capitale. La télévision nationale soudanaise a interrompu la diffusion de ses programmes pour annoncer que l’armée allait prendre la parole. Des milliers de Soudanais sont descendus dans les rues et se sont rendus, entre autre, devant le quartier général de l’armée à Khartoum en attendant les annonces. Dans un communiqué, par crainte de débordements, les meneurs du mouvement Alliance pour la liberté et le changement ont appelé la foule à « ne pas attaquer quiconque ou les biens gouvernementaux et privés ».

En milieu de matinée, le ministre de la Défense soudanais, Aouad Ibn Aouf, a pris la parole à la télévision d’État et a annoncé « la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef ». Il a décrété un cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire, la fermeture de l’espace aérien et l’instauration d’un couvre-feu nocturne. En outre, il a annoncé la mise en place d’un Conseil militaire de transition pour une durée de deux ans. Les manifestants ont laissé éclater leur joie suite à ces annonces qui marquent, pour beaucoup d’entre eux, la fin d’un régime tyrannique.

L’effervescence dans les rues de Khartoum après les annonces faites par l’armée soudanaise. (Crédit photo : Stringer – Reuters)

Omar el-Béchir, un Président contesté

Né en 1944 dans une famille rurale du Soudan, Omar el-Béchir intègre les rangs de l’armée soudanaise dès son adolescence. Il se rend en Égypte pour intégrer l’académie militaire du Caire. Très rapidement, l’armée égyptienne le repère et lui offre un poste de parachutiste. Après sa participation à la guerre de Kippour en 1973, Omar el-Béchir rentre dans son pays natal. Il devient colonel dans l’armée soudanaise dans un contexte d’instabilité politique. En effet, une guerre civile perdure entre certaines tribus musulmanes du nord du Soudan et des tribus chrétiennes au sud. Le 30 ju